Après la destruction de Kaamelott, son refus obstiné de tuer Lancelot précipite le Royaume de Logres à sa perte.
près le succès du premier film, Alexandre Astier poursuit l’ambitieuse transposition cinématographique de son univers culte avec Kaamelott – Deuxième volet, partie 1. Plus sombre, plus ample et résolument épique, ce nouveau chapitre marque une étape décisive dans la destinée du roi Arthur et du royaume de Logres.
Les dieux sont en colère. La chute de Kaamelott et le refus d’Arthur d’achever Lancelot ont plongé le royaume dans le chaos. Fidèle à la dimension tragique déjà amorcée dans les dernières saisons de la série, Astier approfondit ici le poids moral qui écrase son héros : celui d’un roi fatigué, hanté par ses choix et confronté à un monde qui se délite.
Là où la série brillait par ses dialogues ciselés et son humour absurde, ce second volet assume pleinement une ambition cinématographique. Les paysages s’élargissent, l’aventure devient géographique et mythologique. Des Marais Orcaniens aux terres glacées du Dragon Opalescent, les chevaliers — novices maladroits comme vétérans désabusés — sont envoyés aux quatre coins du monde pour prouver leur valeur et tenter de reconstruire un idéal désormais fragile.
Alexandre Astier réussit une nouvelle fois l’équilibre délicat entre comédie et tragédie. L’humour, toujours présent, surgit dans les échanges absurdes et les réactions profondément humaines des chevaliers, mais il laisse désormais davantage de place à la mélancolie et à la gravité. Le film explore la fin d’un âge héroïque, où les mythes se fissurent face aux failles très humaines de ceux censés les incarner.
Face caméra, Astier livre une interprétation plus intérieure d’Arthur, tandis que Lionnel Astier apporte une présence toujours aussi magnétique, ancrant le récit dans une filiation émotionnelle forte. Cette dimension familiale et presque intime contraste habilement avec l’ampleur du récit épique.
Avec cette première partie du deuxième volet, Kaamelott confirme sa mutation : d’une comédie culte née à la télévision à une véritable fresque arthurienne moderne. Plus mature, plus ambitieuse, l’œuvre s’adresse autant aux fidèles de la première heure qu’aux amateurs de fantasy française désireux de voir un univers populaire atteindre une véritable ampleur mythologique.
Rapport de forme : 2.35:1 Classé : Tous publics Dimensions du colis : 17 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur : Alexandre Astier Format : PAL Durée : 2 heures et 13 minutes Date de sortie : 26 février 2026 Acteurs : Alexandre Astier, Joëlle Sevilla, Lionnel Astier, Serge Papagalli, Thomas Cousseau Langue : Français (Dolby Digital 5.1) Studio : M6 Vidéo ASIN : B0FX5NPVXQ
En 1999, trois adolescents découvrent qu’un simple éternuement leur permet de voyager dans le temps.
Avec Escape from the 21st Century, le réalisateur Li Yang signe une œuvre de science-fiction aussi surprenante qu’énergique, mêlant aventure adolescente, humour absurde et réflexion sur le temps qui passe. Porté par Song Yang et Elane Zhong, le film revisite le récit du voyage temporel avec une inventivité visuelle assumée et un ton résolument décalé.
Tout commence en 1999, à l’aube d’un nouveau millénaire chargé de fantasmes technologiques. Trois adolescents ordinaires découvrent par hasard un pouvoir improbable : un simple éternuement leur permet de voyager dans le temps. Ce point de départ volontairement loufoque donne immédiatement le ton d’un film qui refuse le sérieux scientifique pour privilégier l’imagination et la liberté narrative.
Rapidement propulsés dans différentes époques, les jeunes héros se retrouvent confrontés à une mission inattendue : sauver le monde. Mais derrière l’aventure spectaculaire, Escape from the 21st Century explore surtout le passage à l’âge adulte et la nostalgie d’une génération coincée entre deux siècles, entre innocence analogique et futur incertain.
Visuellement, Li Yang adopte une mise en scène frénétique, presque pop, où les effets spéciaux et les ruptures de ton participent à une esthétique volontairement chaotique. Le film assume ses excès, oscillant entre comédie adolescente, science-fiction et satire sociale. Cette énergie permanente peut désorienter, mais elle constitue aussi la signature d’un cinéma libre, refusant les codes narratifs trop formatés.
Le trio d’acteurs fonctionne grâce à une dynamique crédible et spontanée, incarnant des personnages encore maladroits face à leurs responsabilités. Leur évolution émotionnelle devient progressivement le véritable moteur du récit, bien plus que la mécanique temporelle elle-même.
Sous ses airs de divertissement fantasque, Escape from the 21st Century pose finalement une question simple : que ferait-on si l’on pouvait corriger le futur avant même de devenir adulte ? Entre humour, chaos et mélancolie générationnelle, le film transforme le voyage dans le temps en métaphore du passage à la maturité.
Rapport de forme : 2.35:1 Classé : Tous publics Dimensions du colis : 16,9 x 13,9 x 1,3 cm; 90 grammes Réalisateur : Li Yang Durée : 1 heure et 35 minutes Date de sortie : 14 février 2026 Acteurs : Elane Zhong, Leon Lee, Yang Song, Zhang Ruoyun, Zhu Yanmanzi Sous-titres : : Français Langue : Mandarin (DTS-HD 2.0), Mandarin (DTS-HD 5.1) Studio : Blaq Out ASIN : B0FWTKHY3Y
Issue d’un milieu modeste, Hélène a quitté depuis longtemps les Vosges. Aujourd’hui, elle a la quarantaine. Un burn-out brutal l’oblige a quitter Paris, revenir là où elle a grandi, entre Nancy et Epinal.
Adapté du roman Connemara, Connemara marque une nouvelle étape dans le cinéma d’Alex Lutz, qui délaisse ici la verve comique pour une mise en scène feutrée, presque pudique, au service d’un récit profondément mélancolique.
Hélène, incarnée avec une justesse bouleversante par Mélanie Thierry, a quitté depuis longtemps les Vosges, son milieu modeste et ses rêves de jeunesse. À la quarantaine, un burn-out brutal la contraint à abandonner Paris et à revenir « là d’où elle vient », entre Nancy et Épinal. Elle y retrouve une forme de stabilité : un travail, une maison, une qualité de vie rassurante. Et pourtant, quelque chose manque.
Un soir, sur le parking impersonnel d’un restaurant franchisé, le passé surgit sous les traits de Christophe Marchal, ancien hockeyeur adulé des années lycée, aujourd’hui interprété par Bastien Bouillon. Ce visage familier ravive un désir enfoui, une promesse jamais formulée. Leur liaison, inattendue et fragile, devient le cœur battant du film : la rencontre de deux trajectoires qui se sont éloignées, de deux France qui ne se comprennent plus tout à fait mais rêvent encore, l’espace de quelques instants, de s’aimer.
Alex Lutz filme cette idylle sans emphase, avec une infinie délicatesse. Les silences comptent autant que les mots, les regards disent plus que les aveux. La mise en scène privilégie les cadres simples, les paysages des Vosges baignés d’une lumière douce, comme suspendue. Chaque plan semble chargé d’un poids invisible : celui des choix passés, des renoncements et des vies parallèles que l’on n’a pas vécues.
Connemara n’est pas seulement une histoire d’amour tardive ; c’est le portrait d’une génération confrontée à ses désillusions, à la violence sociale feutrée, à l’écart grandissant entre les origines et la réussite supposée. À fleur de pellicule, le film capte ce moment précis où l’on comprend que vivre, parfois, consiste à apprendre à survivre à ses propres rêves.
Une œuvre sensible, mélancolique, profondément humaine, qui laisse longtemps résonner en nous l’écho de ce qui aurait pu être.
🎥 Image
Le master vidéo se montre globalement solide. La définition est précise, avec un rendu fidèle des paysages vosgiens et des décors du quotidien, souvent filmés dans des teintes naturelles et légèrement désaturées. Le grain cinéma est bien respecté, sans lissage excessif, ce qui conserve à l’image sa texture organique. Les contrastes sont maîtrisés, même dans les nombreuses scènes en lumière douce ou crépusculaire, chères à la mise en scène d’Alex Lutz. Les noirs restent stables, jamais bouchés, et les visages – essentiels dans ce film de regards et de silences – bénéficient d’un très beau rendu.
🔊 Son
La piste sonore (VF) fait le choix de la discrétion, en parfaite adéquation avec le ton du film. Les dialogues sont clairs, bien centrés, et jamais écrasés par la musique ou les ambiances. Le mixage met en valeur les silences, les respirations, les bruits de fond du quotidien (parking, intérieurs, paysages), renforçant cette impression de réel et d’intimité. La musique, utilisée avec parcimonie, s’intègre harmonieusement à l’ensemble sans chercher à surligner l’émotion. Un travail subtil, qui privilégie l’écoute attentive plutôt que l’effet.
🎁 Bonus – Interview d’Alex Lutz (6 min)
Seul bonus de cette édition, mais non des moindres : une interview d’environ six minutes d’Alex Lutz. Le réalisateur y revient avec beaucoup de sincérité sur son rapport au roman de Nicolas Mathieu, sur son désir de filmer les « vies ordinaires » sans les juger, et sur la dimension profondément sociale et intime de Connemara. Lutz évoque également son approche de la mise en scène, son travail avec les comédiens et l’importance des non-dits. Un complément court mais éclairant, qui prolonge intelligemment le film et en affine la lecture.
Classé : Tous publics Dimensions du produit (L x l x h) : 13,5 x 1 x 17,5 cm; 90 grammes Audio description : : Français Réalisateur : Alex Lutz Format : PAL Durée : 1 heure et 50 minutes Date de sortie : 14 janvier 2026 Acteurs : Bastien Bouillon, Clémentine Célarié, Eliot Giraud, Jacques Gamblin, Mélanie Thierry Langue : Français (Dolby Digital 5.1) Studio : Studiocanal ASIN : B0FVN9WJ32
Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien.
Avec Les Tourmentés, Lucas Belvaux signe un film sombre, tendu et profondément politique, qui interroge frontalement la valeur d’une vie humaine dans une société où l’argent peut tout acheter — jusqu’au droit de tuer.
Skender, ancien légionnaire sans attaches, sans travail et sans avenir, erre dans une France qui ne veut plus de lui. C’est un homme brisé, survivant plus qu’il ne vit. À l’autre bout de l’échelle sociale, une riche veuve que tous appellent simplement “Madame” s’ennuie. Passionnée de chasse, entourée de luxe et de domestiques, elle cherche une distraction ultime. Par l’intermédiaire de son majordome, elle imagine alors l’impensable : organiser une chasse à l’homme, contre rémunération, dans un huis clos forestier où le gibier serait humain.
Le film bascule rapidement dans un thriller implacable. Skender accepte, poussé par la misère, sans mesurer l’ampleur de ce pacte faustien. Mais la traque ne se déroule pas selon les règles établies. Très vite, la mécanique de domination se fissure, et la victime désignée se transforme en adversaire imprévisible.
Lucas Belvaux détourne ici les codes du film de chasse et du survival pour en faire une allégorie sociale violente et dérangeante. Plus qu’un simple jeu de massacre, Les Tourmentés observe la fracture entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n’ont plus rien — au point de devoir louer leur propre mort pour survivre. La forêt devient un théâtre primitif où s’effondrent les faux-semblants de la civilisation.
Le casting porte le film avec une intensité remarquable. Niels Schneider incarne Skender avec une brutalité contenue et une fragilité bouleversante, donnant au personnage une densité morale rare. Face à lui, Ramzy Bedia, dans un contre-emploi glaçant, impressionne par son minimalisme et son ambiguïté trouble. Linh-Dan Pham, magnétique, apporte à Madame une froideur presque abstraite, symbole d’une élite déshumanisée, coupée de toute empathie.
La mise en scène de Belvaux est sèche, sans emphase inutile. Les silences, les regards, les respirations comptent autant que la violence physique. La caméra épouse les corps, la fatigue, la peur, et laisse la nature envahir progressivement le cadre, comme si la civilisation reculait à mesure que la chasse avançait. La tension ne repose pas sur l’action pure, mais sur une lente montée d’angoisse morale.
Les Tourmentés s’inscrit dans la lignée des grands récits de chasse humaine — de La Proie à Battle Royale — mais y ajoute une dimension profondément française et contemporaine : celle d’un monde où l’exclusion sociale devient un terrain de jeu pour les puissants. Le film pose une question simple et terriblement actuelle :
combien vaut la vie d’un homme quand il n’a plus rien ?
Un thriller nerveux, politique et implacable, qui laisse une impression durable et confirme Lucas Belvaux comme l’un des cinéastes français les plus lucides sur la violence sociale de notre époque.
Dès les premières minutes, Les Tourmentés impose une identité visuelle forte, austère et profondément immersive. Lucas Belvaux opte pour une mise en image réaliste, presque rugueuse, qui épouse le destin de son personnage principal et refuse toute esthétisation gratuite de la violence.
Image
La photographie privilégie des teintes froides, terreuses et désaturées, où dominent les verts sombres, les gris métalliques et les noirs profonds. Cette palette renforce la sensation d’un monde sans horizon, écrasant les personnages sous le poids du décor. La forêt, lieu central du récit, n’est jamais montrée comme un refuge naturel mais comme un espace hostile, labyrinthique, presque mental.
Les cadres sont souvent resserrés, parfois étouffants, isolant Skender dans l’image comme il l’est dans la société. À l’inverse, les plans larges surgissent brutalement pour rappeler la petitesse de l’homme face à la nature et à ceux qui le traquent. La caméra à hauteur d’homme, souvent portée à l’épaule, accentue la sensation d’urgence et de danger permanent.
Belvaux privilégie une mise en scène sèche et frontale, sans effets ostentatoires. Les scènes de chasse sont filmées avec une lisibilité exemplaire, refusant le montage hystérique au profit d’une tension continue. La violence n’est jamais spectaculaire : elle est crue, rapide, parfois hors champ — bien plus dérangeante de cette manière.
Le travail sur la lumière naturelle est remarquable. Les scènes nocturnes, souvent difficiles à maîtriser, conservent ici une excellente lisibilité tout en respectant l’obscurité du lieu, renforçant l’angoisse sans jamais perdre le spectateur.
Son
Le design sonore joue un rôle central dans l’expérience du film. La bande-son est volontairement minimaliste, laissant une large place aux sons organiques : pas dans la boue, branches qui craquent, respiration haletante, frottement des vêtements, battements du cœur.
Le silence devient une véritable arme narrative. Belvaux l’utilise comme un espace de menace, rendant chaque bruit potentiellement fatal. Le spectateur partage l’hypervigilance du personnage traqué.
Les effets sonores sont d’une grande précision : tirs étouffés, échos lointains, voix portées par le vent, créant une spatialisation efficace qui accentue l’immersion, notamment lors des scènes de poursuite.
La musique, discrète et parcimonieuse, n’intervient jamais pour souligner artificiellement l’émotion. Lorsqu’elle surgit, c’est par nappes graves, presque imperceptibles, renforçant l’oppression psychologique plus que le suspense mécanique.
Les dialogues, volontairement peu nombreux, bénéficient d’un mixage soigné, parfaitement intelligible même dans les séquences nocturnes ou sous tension. Le film fait confiance au son pour raconter autant que l’image.
Rapport de forme : 2.35:1 Classé : Tous publics Dimensions du colis : 19,2 x 13,4 x 1,7 cm; 70 grammes Audio description : : Français Réalisateur : Lucas Belvaux Format : PAL Durée : 1 heure et 53 minutes Date de sortie : 17 janvier 2026 Acteurs : Déborah François, Linh-Dan Pham, Mahé Boujard, Niels Schneider, Ramzy Bédia Langue : Français (Dolby Digital 2.0), Français (Dolby Digital 5.1) Studio : UGC
« Put Your Soul on Your Hand and Walk » est ma réponse en tant que cinéaste, aux massacres en cours des Palestiniens.
Il est des films qui naissent du cinéma. Et d’autres qui naissent de l’urgence. Put Your Soul on Your Hand and Walk appartient à cette seconde catégorie : une œuvre forgée dans la nécessité absolue de témoigner, là où les images manquent, là où les voix sont étouffées, là où la réalité se dérobe sous les bombardements.
Face aux massacres en cours à Gaza, la cinéaste Sepideh Farsi choisit de filmer autrement — à distance, dans la fragmentation, dans l’échange fragile de pixels et de sons. Le film repose sur une rencontre déterminante : celle de Fatem Hassona, jeune femme gazaouie qui documentait la guerre depuis l’intérieur, caméra à la main, au cœur même de ce qu’elle appelait sa « prison de Gaza ».
De cette relation singulière naît un lien vital. Fatem devient les yeux de la réalisatrice sur le terrain ; Sepideh Farsi, depuis l’extérieur, devient un relais, un passage, une respiration vers le monde. Ensemble, elles inventent une forme de cinéma sans précédent : un film tissé de messages vocaux, de vidéos compressées, d’appels instables, de silences contraints. Une correspondance filmée traversée par la peur, l’épuisement, mais aussi par une détermination farouche à continuer de regarder.
Le dispositif, d’une extrême simplicité apparente, se révèle d’une puissance bouleversante. Ici, aucune reconstitution, aucun commentaire surplombant. Seulement la persistance d’un dialogue, maintenu pendant près d’un an malgré les coupures d’électricité, la destruction des infrastructures et la menace constante de la mort. Chaque image devient un acte de résistance.
Le film interroge profondément la nature même du cinéma. Que peut une caméra lorsque tout s’effondre ? Que signifie filmer quand survivre est déjà un combat ? Put Your Soul on Your Hand and Walk ne prétend jamais expliquer le conflit. Il montre ce que les chiffres et les discours ne peuvent saisir : l’attente, la peur diffuse, la fatigue des corps, la banalité tragique du quotidien sous les bombes.
Fatem Hassona n’est pas une simple témoin. Elle est une présence lumineuse, une conscience en éveil, une voix qui refuse de se taire. Sa parole, parfois douce, parfois traversée d’une lucidité implacable, donne au film une humanité rare. Elle parle de sa ville, de sa famille, de sa peur de mourir, mais aussi de son désir obstiné de vivre, de transmettre, de rester digne.
L’assassinat de Fatem, le 16 avril 2025, lors d’une attaque israélienne visant sa maison, bouleverse irréversiblement la nature du film. Ce qui était un journal de guerre devient une œuvre-mémoire. Ce qui était un échange vivant se transforme en testament cinématographique. Chaque image acquiert soudain une dimension tragique et sacrée : celle d’une voix désormais réduite au silence.
Sans pathos ni démonstration, Sepideh Farsi signe un geste de cinéma politique au sens le plus noble du terme. Un cinéma qui ne cherche pas l’effet, mais la présence. Qui ne parle pas à la place de, mais avec. Qui ne transforme jamais la souffrance en spectacle.
Put Your Soul on Your Hand and Walk est un film sur la transmission quand tout s’effondre, sur la responsabilité de regarder, sur la nécessité de porter la parole de ceux à qui l’on refuse le droit d’exister. Il rappelle que filmer peut être un acte vital, et que parfois, tenir une caméra revient à tenir une main à distance.Voici une chronique presse professionnelle – édition DVD, rédigée dans un ton éditorial sobre et culturel, prête à publication (magazine, site cinéma, dossier presse), incluant image / son / bonus avec entretien de la réalisatrice.
Put Your Soul on Your Hand and Walk – Édition DVD
L’édition DVD de Put Your Soul on Your Hand and Walk prolonge l’expérience bouleversante du film de Sepideh Farsi dans un écrin respectueux, pensé avant tout comme un support de transmission et de mémoire.
Œuvre née de l’urgence, du dialogue à distance et de la résistance par l’image, le film trouve ici une édition qui accompagne avec sobriété la puissance de son propos, sans jamais chercher à l’esthétiser artificiellement.
Image
Le transfert respecte pleinement la nature singulière du film. Composé majoritairement de vidéos captées à distance — appels mobiles, images compressées, fichiers envoyés dans l’instabilité des réseaux gazaouis — le long métrage revendique une texture brute, parfois heurtée, souvent fragmentée.
L’édition DVD n’en gomme jamais les aspérités. Les variations de définition, les artefacts numériques, les coupures visuelles font partie intégrante du langage du film. L’image conserve cette matière fragile, presque tremblante, qui devient le reflet direct des conditions de tournage.
Les rares séquences filmées hors champ de guerre, plus stables visuellement, créent un contraste saisissant avec les images venues de Gaza, accentuant encore la tension entre deux mondes séparés par la violence et la distance.
Un respect total de l’intention artistique, sans lissage ni artificialisation.
Son
Le travail sonore constitue l’un des piliers émotionnels du film, et l’édition DVD en restitue toute la complexité.
Voix enregistrées à la volée, respirations, silences, saturations, coupures de communication : chaque élément sonore participe à la dramaturgie. Le mixage conserve volontairement ces imperfections qui traduisent l’urgence et la précarité des échanges.
Les paroles de Fatem Hassona, souvent captées dans des conditions extrêmes, demeurent bouleversantes de proximité. Le spectateur entend parfois le monde s’effondrer autour d’elle — explosions lointaines, bruits sourds, interférences — sans jamais tomber dans l’effet spectaculaire.
Le rendu sonore privilégie l’intime à la démonstration, renforçant la sensation d’un dialogue suspendu au bord du silence.
Bonus – Entretien avec la réalisatrice
Le supplément principal de cette édition est un entretien approfondi avec Sepideh Farsi, d’une grande valeur documentaire et humaine.
La cinéaste y revient sur la genèse du film, née d’un sentiment d’impuissance face aux massacres en cours et de la nécessité de trouver une autre manière de filmer quand l’accès au territoire est impossible.
Elle évoque sa rencontre avec Fatem Hassona, la construction progressive de leur relation, la confiance mutuelle, mais aussi la responsabilité morale de filmer une personne exposée à un danger permanent. Le dialogue éclaire les choix éthiques fondamentaux du film : ne jamais voler une image, ne jamais contraindre la parole, laisser l’autre décider de ce qui peut être montré.
L’entretien prend une dimension particulièrement poignante lorsque la réalisatrice aborde la mort de Fatem, survenue après la finalisation du film. Elle explique comment cet événement transforme irrémédiablement l’œuvre, désormais traversée par une mission mémorielle : préserver une voix que la guerre a tenté d’effacer.
Ce bonus apporte un éclairage essentiel sur le dispositif, la fabrication du film et la place du cinéma face à la destruction.
Quelque chose est arrivé à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d’entrevoir ce qui vient après…
Avec Sorry, Baby, Eva Victor signe un premier film d’une délicatesse rare, à la fois intime, pudique et profondément humain. Le récit s’ouvre sur un événement qui ne sera jamais frontalement nommé : « quelque chose est arrivé à Agnès ». Ce choix narratif, loin de l’esquive, installe d’emblée une émotion sourde et durable, laissant au spectateur la place de ressentir plutôt que de comprendre.
Agnès avance difficilement dans un monde qui, lui, continue sans elle. Le temps semble disloqué, les gestes quotidiens chargés d’un poids invisible. Dans ce flottement, une seule chose tient bon : son amitié avec Lydie. Interprétée avec une justesse remarquable par Naomi Ackie, Lydie n’est jamais un soutien démonstratif ou héroïque, mais une présence constante, chaleureuse, essentielle. Leur relation devient le véritable cœur du film, un espace de respiration fait de silences, de rires maladroits et d’une tendresse jamais appuyée.
La mise en scène d’Eva Victor se distingue par sa sobriété : plans fixes, cadres épurés, attention portée aux corps et aux regards plutôt qu’aux dialogues explicatifs. Le film avance à pas feutrés, refusant tout pathos, préférant capter les micro-variations de l’âme, les moments où l’on croit aller un peu mieux avant de retomber. Cette retenue donne à Sorry, Baby une puissance émotionnelle d’autant plus forte qu’elle est contenue.
Le film parle de traumatisme sans jamais l’exploiter, de reconstruction sans promesse artificielle de guérison. Il s’intéresse à « l’après », à ce qui reste quand les mots manquent, quand le monde paraît légèrement décalé. Et surtout, il célèbre l’amitié comme un refuge vital, une force discrète capable de maintenir un lien avec la vie quand tout vacille.
Œuvre sensible et profondément sincère, Sorry, Baby s’impose comme un film de douceur et de résistance intérieure. Un regard juste sur la fragilité, porté par deux interprètes remarquables et une réalisatrice qui filme l’intime avec une maturité impressionnante.
Classé : Tous publics Dimensions du colis : 31,6 x 13,6 x 1,8 cm; 110 grammes Réalisateur : Eva Victor Format : PAL Durée : 1 heure et 39 minutes Date de sortie : 5 décembre 2025 Acteurs : Eva Victor, Kelly McCormack, Louis Cancelmi, Lucas Hedges, Naomi Ackie Sous-titres : : Français Langue : Anglais (Dolby Digital 5.1) Studio : Wild Side Video
Une mère célibataire et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d’un marché nocturne de la capitale taiwanaise. Chacune d’entre elles doit trouver un moyen de s’adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l’unité familiale.
Avec Left Handed Girl, la réalisatrice Tsou Shih-Ching livre un film d’une grande délicatesse, à la frontière du drame social et du portrait intime, qui capte avec une précision rare les fragilités du lien familial face au déracinement. Ancré dans le tumulte sensoriel des marchés nocturnes de Taipei, le film raconte l’installation d’une mère célibataire et de ses deux filles dans une ville aussi vibrante qu’indifférente.
Dès les premières scènes, le décor devient un personnage à part entière. Les néons, les odeurs de friture, la foule compacte et le vacarme permanent contrastent avec la solitude intérieure des protagonistes. La petite cantine qu’elles ouvrent agit comme un fragile refuge, mais aussi comme un révélateur de tensions enfouies. Chacune des trois femmes affronte cette nouvelle vie à sa manière, entre désir d’émancipation, sentiment d’abandon et besoin vital de rester soudées.
La mise en scène de Tsou Shih-Ching se distingue par sa sobriété. Elle privilégie les gestes du quotidien, les silences, les regards qui s’évitent ou se cherchent. Le récit progresse sans effets appuyés, laissant au spectateur le soin de percevoir les micro-fractures qui menacent l’équilibre familial. Cette approche quasi documentaire donne au film une authenticité bouleversante, sans jamais tomber dans le misérabilisme.
Janel Tsai incarne la mère avec une retenue remarquable. Son jeu, tout en intériorité, traduit la fatigue d’une femme qui porte seule la responsabilité du foyer, tout en tentant de préserver ses filles de ses propres renoncements. À ses côtés, Nina Ye impressionne par la justesse avec laquelle elle exprime les contradictions de l’adolescence : le besoin de liberté face à la peur de trahir les siens. La cadette, plus silencieuse, agit comme un miroir sensible de cette cellule familiale en recomposition.
Au-delà de son récit intime, Left Handed Girl esquisse une réflexion plus large sur la place des femmes dans une société urbaine en perpétuel mouvement, où la réussite économique se paie souvent d’une grande solitude. Le film parle de transmission, de résilience et de cette capacité à réinventer une famille malgré les fractures.
Œuvre discrète mais profondément humaine, Left Handed Girl touche par sa douceur mélancolique et par la justesse de son regard. Un cinéma du sensible, qui s’attarde sur l’essentiel : la difficulté d’aimer et de rester ensemble quand tout pousse à la dispersion.
Rapport de forme : 2.35:1 Classé : Tous publics Dimensions du colis : 17 x 14 x 14 cm; 85 grammes Réalisateur : Tsou Shih-Ching Format : Blu-ray Durée : 1 heure et 48 minutes Date de sortie : 22 janvier 2026 Acteurs : Blaire Chang, Huang Teng-Hui, Janel Tsai, Ma Shi-Yuan, Nina Ye Sous-titres : : Français Langue : Mandarin (DTS-HD 5.1) Studio : Le Pacte ASIN : B0FWG3548W
Pierrot, 45 ans, est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Déterminée à lui offrir une vie digne, sa sœur Camille le prend chez elle et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place.
Avec Une place pour Pierrot, Hélène Medigue signe un film profondément humain, d’une grande délicatesse, qui aborde l’autisme adulte sans pathos ni simplification. Le récit s’attache à Pierrot, 45 ans, autiste vivant en foyer médicalisé, et à sa sœur Camille, qui décide de le prendre chez elle pour lui offrir une existence plus digne et plus juste. Un geste d’amour, mais aussi un parcours semé d’obstacles administratifs, émotionnels et intimes.
La force du film réside dans son regard posé, respectueux, presque pudique. La mise en scène choisit la sobriété : peu d’effets, une caméra discrète, souvent à hauteur d’homme, qui accompagne les personnages sans jamais les enfermer dans un discours démonstratif. Le quotidien de Pierrot est montré dans sa complexité, entre routines nécessaires, fragilités, mais aussi désirs et élans d’autonomie. Le film rappelle avec justesse que l’inclusion ne se décrète pas : elle se construit, lentement, au prix d’efforts partagés.
L’interprétation est l’un des grands atouts du long métrage. Grégory Gadebois incarne Pierrot avec une retenue admirable, loin de toute caricature. Son jeu repose sur les silences, les gestes, les regards, et donne au personnage une épaisseur bouleversante. À ses côtés, Marie Gillain compose une Camille crédible, tiraillée entre amour, fatigue, culpabilité et détermination. Leur relation fraternelle, au cœur du film, est traitée avec une rare justesse émotionnelle. Patrick Mille apporte quant à lui une présence secondaire mais précieuse, ancrant le récit dans une réalité sociale concrète.
Sur le plan de l’image et du son, Une place pour Pierrot privilégie le naturel. La photographie, douce et réaliste, accompagne les variations d’humeur sans les souligner excessivement. Le travail sonore est particulièrement soigné : les ambiances du quotidien, parfois envahissantes pour Pierrot, deviennent un outil de mise en empathie avec son ressenti, sans jamais basculer dans l’effet appuyé.
Sans angélisme ni misérabilisme, Une place pour Pierrot interroge la notion de “place” dans la société, la famille et le regard porté sur la différence. Un film sensible, nécessaire, qui touche par sa sincérité et par la dignité qu’il accorde à ses personnages. Une œuvre discrète mais profondément marquante.
Rapport de forme : 2.35:1 Classé : Tous publics Dimensions du colis : 19 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur : Hélène Médigue Format : PAL Durée : 1 heure et 35 minutes Date de sortie : 20 janvier 2026 Acteurs : Grégory Gadebois, Marie Gillain, Mathilde Labarthe, Patrick Mille, Vincent Elbaz Langue : Français (Dolby Digital 5.1) Studio : Diaphana ASIN : B0FVRJY3P2
Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras.
Avec Alpha, Julia Ducournau poursuit son exploration radicale des corps, de la peur et de la filiation, dans un film à la fois intime et profondément dérangeant. Plus frontal que Grave, moins spectaculaire que Titane, Alpha s’inscrit dans une veine plus sourde, presque clinique, où l’horreur naît du réel et de l’incompréhension.
Alpha a 13 ans. Elle est nerveuse, abrasive, sur le fil. Elle vit seule avec sa mère, dans une relation déjà fragile, tendue par les non-dits et une inquiétude diffuse. Le récit bascule lorsqu’elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras. Un geste anodin en apparence, mais qui agit comme un déclencheur. Chez Ducournau, le corps parle toujours avant les mots. Ici, cette marque devient symptôme, menace, fracture. Elle ouvre une brèche où s’engouffrent la peur sociale, la transmission du traumatisme et l’angoisse parentale.
La mise en scène est d’une rigueur implacable. Plans serrés, cadres oppressants, lumière froide : la réalisatrice enferme ses personnages dans un espace mental autant que physique. Le film avance par sensations plus que par explications, laissant volontairement le spectateur dans l’incertitude. Cette ambiguïté, signature de Ducournau, nourrit un malaise constant, sans jamais céder à l’esbroufe.
La révélation du film est Mélissa Boros, impressionnante de justesse. Son Alpha est brute, instable, traversée de pulsions contradictoires. Elle impose une présence magnétique, capable de passer de la provocation à une vulnérabilité désarmante en un regard. Face à elle, Tahar Rahim incarne une figure adulte trouble, ambiguë, dont la seule présence fait planer un danger latent. Son jeu, tout en tension contenue, renforce le sentiment d’insécurité permanente.
Le travail sonore mérite une mention particulière : respirations, silences lourds, bruits étouffés composent une bande-son anxiogène qui amplifie la sensation d’étouffement. L’image et le son avancent de concert pour traduire l’état émotionnel des personnages, sans jamais expliciter inutilement.
Alpha est un film exigeant, parfois inconfortable, mais d’une cohérence remarquable. Julia Ducournau y ausculte l’adolescence comme un territoire de métamorphose et de danger, et interroge la peur de l’autre, du corps qui change, de ce qui échappe au contrôle. Une œuvre radicale, organique, qui confirme la singularité d’une cinéaste désormais incontournable du cinéma contemporain.
Rapport de forme : 2.35:1 Classé : 12 ans et plus Dimensions du colis : 19 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur : Julia Ducournau Format : PAL Durée : 2 heures et 3 minutes Date de sortie : 6 janvier 2026 Acteurs : Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Golshifteh Farahani, Mélissa Boros, Tahar Rahim Langue : Français (Dolby Digital 5.1) Studio : Diaphana ASIN : B0FVRYSW1F
Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif.
En première ligne s’impose comme un film d’une justesse rare, tendu et profondément humain, qui plonge le spectateur au cœur d’un service hospitalier à bout de souffle. En première ligne, réalisé par Petra Biondina Volpe, adopte un point de vue resserré, presque en temps réel, pour raconter une journée – et surtout une nuit – où tout peut basculer.
La mise en scène privilégie l’immersion : caméra à hauteur d’épaule, cadres serrés, déplacements incessants dans les couloirs, tout concourt à faire ressentir l’épuisement physique et mental du personnel soignant. Volpe évite tout pathos inutile pour s’en tenir à une observation précise, presque documentaire, de la surcharge de travail, du manque de moyens et de la violence sourde que génère l’urgence permanente.
Au centre du film, Leonie Benesch livre une performance remarquable. Son interprétation de Floria, infirmière à la fois solide, empathique et progressivement débordée, repose sur une palette de micro-émotions : un regard qui vacille, une respiration qui s’accélère, une fatigue qui s’inscrit dans les gestes. À ses côtés, Sonja Riesen apporte un contrepoint tout en retenue, renforçant la crédibilité et la densité humaine du récit.
Sur le plan de l’image, la photographie froide et réaliste épouse parfaitement le décor hospitalier : néons implacables, couleurs désaturées, absence de toute esthétisation superflue. Le film trouve sa force dans cette sobriété visuelle, qui accentue le sentiment d’urgence et d’enfermement. Le travail sonore est tout aussi essentiel : bips des machines, appels incessants, voix qui se superposent, silences trop courts… Le mixage crée une pression constante, presque oppressante, plaçant le spectateur dans le même état de tension que l’héroïne.
En première ligne n’est pas seulement un film sur l’hôpital, c’est un film sur le soin comme combat quotidien, sur l’impossibilité de « bien faire » quand tout manque, et sur la dignité de celles et ceux qui tiennent malgré tout. Un cinéma engagé, mais jamais démonstratif, qui touche par sa précision, son humanité et sa lucidité.
Rapport de forme : 1.85:1 Classé : Tous publics Réalisateur : Petra Biondina Volpe Format : PAL Durée : 1 heure et 29 minutes Date de sortie : 16 janvier 2026 Acteurs : Alireza Bayram, Leonie Benesch, Selma Adin, Selma Jamal Aldin, Sonja Riesen Sous-titres : : Français Langue : Allemand (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1) Studio : Wild Side Video